Moyen-Orient n° 22

Moyen-Orient n° 22, Avril-Juin 2014

En mars 2014, une grave crise diplomatique a éclaté au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG), une organisation qui, aux yeux du monde, réunit des monarchies arabes soucieuses de protéger leurs intérêts économiques et d’assurer leur sécurité. En réalité, il existe bien des différends entre l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et le Qatar, entre des régimes vieillissants et des despotes plus ou moins éclairés. Un premier cliché tombe, le CCG n’étant pas un tout homogène. Et ce ne sera pas le seul. Ainsi, au-delà des gratte-ciel, des excès urbains et des dépenses de milliardaires, il existe de vraies questions intérieures dans des pays touchés par la pauvreté, la discrimination et autres interrogations « citoyennes » qui bouleversent le Moyen-Orient depuis les révolutions de 2011. Les manifestations à Bahreïn sont là pour le rappeler. La suite >

Moyen-Orient n° 21

Moyen-Orient n° 21, Janvier-Mars 2014

Trois ans déjà ont passé depuis les soulèvements historiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Trois années de fortes instabilités politiques et économiques, avec des développements inattendus, tels le contrôle par l’armée de la transition en Égypte, l’incapacité des islamistes d’Ennahdha à gouverner la Tunisie ou encore le pourrissement de la guerre civile en Syrie. Certes, les révolutions ne se font pas en un jour, mais l’impatience des citoyens est grande. Une attente qu’ils peuvent partager ou transformer en mobilisation en quelques secondes grâce à Internet. Les réseaux sociaux (utilisés notamment via des terminaux mobiles) ont en effet joué un rôle considérable d’amplificateur des mouvements populaires issus de la rue en dénonçant des conditions socio-économiques misérables et un « ras-le-bol » politique des régimes en place. La suite >

Moyen-Orient n° 20

Moyen-Orient n° 20,
Octobre-Décembre 2013

Le 9 septembre 2013, cinq hommes ont été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » par la justice française. Tous avaient participé, cinq jours auparavant, au braquage d’un restaurant à Coignières, dans les Yvelines. Leur objectif : financer leur départ en Syrie et y mener leur djihad contre le régime de Bachar al-Assad. Si l’on passe outre le fait que voler est condamné par la religion musulmane, cet événement met le conflit dans l’ancien « Balad ach-Cham » au cœur de la réflexion sur le radicalisme et l’islamisme. Et le djihad s’impose comme une question indissociable des débats contemporains sur l’islam, alors que le Moyen-Orient traverse une période de transition politique critique et entre dans un cycle historique de violence sans précédent. La suite >

Colloque vendredi 6 septembre 2013

 

Colloque coorganisé par la revue Moyen-Orient, le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) et l’Institut MEDEA.

Les ambitions des États du Conseil de coopération du Golfe semblent n’avoir aucune limite. Il suffit de jeter un œil par le hublot, en arrivant, par exemple, à Dubaï, pour comprendre la puissance économique d’une région qui se veut le nouveau centre de la mondialisation, un pont entre l’Occident et l’Asie. Tout est démesuré dans la péninsule Arabique : les gratte‐ciel, des villes symboles de l’hyper urbanité… Mais les excès de la rente pétrolière et d’un développement économique agressif se sont transformés, pour Washington ou Paris, en une nouvelle voix arabe. Les leaders de la région le savent, et pensent représenter un nouveau rêve arabe, un peu à la manière d’un american dream, de l’american way of life.
Ces excès créent aussi des préjugés sur des sociétés très peu connues de l’intérieur et réduites à une vision médiatique : l’Arabie saoudite serait un pays de fanatiques religieux et, aux Émirats arabes unis, tout le monde roulerait en voiture de luxe. C’est oublier la réalité des sociétés, certes conservatrices, mais plus complexes qu’on ne le croit, où les débats publics sur la notion de citoyenneté existent, bien qu’aucun de ces pays ne soit une démocratie. Et ce rêve d’être la nouvelle puissance arabe a aussi ses limites : la crise économique n’a pas épargné les pays du Golfe et les révolutions en Tunisie et en Égypte ont montré que des pays comme l’Arabie saoudite sont de solides monarchies qui n’accepteront aucune fitna, ou division, un interdit islamique. Pourtant, la contestation est là, comme au Koweït, qui peine à être un « modèle démocratique » pour la région. Et l’omniprésent Qatar : qu’en est-il vraiment de cette « puissance » ?
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Moyen-Orient n° 19

Moyen-Orient n° 19,
Juillet-Septembre 2013

En l’espace de quinze jours, en juin 2013, deux événements majeurs ont eu autant de portée médiatique que les révolutions arabes de 2011 : d’une part, un soulèvement citoyen contre la machine économique turque et les excès autoritaires et religieux du Premier ministre Recep Tayep Erdogan et de son mouvement, le Parti de la justice et du développement (AKP) ; d’autre part, l’élection du réformateur Hassan Rohani à la Présidence iranienne, alors que la communauté internationale s’attendait à l’arrivée d’un pantin soumis à la volonté de l’ayatollah Ali Khamenei. Décidément, le Moyen-Orient réserve bien des surprises.

Ces « réveils » en Turquie et en Iran appellent à l’optimisme. Ils incarnent la force de sociétés civiles refusant d’être déconnectées du monde. Toutefois, ces faits ont eu lieu dans deux pays bien différents et qui se distinguent des nations arabes. Il serait erroné de voir, à Istanbul comme à Téhéran, une similitude avec ce qu’il s’est passé à Sidi Bouzid et sur la place Tahrir du Caire. Car en Tunisie comme en Égypte, les défis sont énormes : il faut redéfinir le rôle même de l’État afin de trouver le chemin d’une bonne gouvernance, d’une démocratie, ce qui ne se fera pas sans une relance de l’économie. La suite >

Moyen-Orient n° 18

Moyen-Orient n° 18, Avril-Juin 2013

En avril 2012, les comédiens du Théâtre national de Bagdad ont joué devant une salle comble. Ils interprétaient une adaptation irakienne de Roméo et Juliette, de William Shakespeare. Roméo est chiite, Juliette sunnite. Ils s’aiment, mais ils résident dans une cité déchirée par les préjugés et ravagée par les conflits confessionnels. Cette initiative artistique est une petite lueur d’espoir, de réflexion citoyenne, dans un État détruit qui laisse peu de place à l’optimisme. Dix ans après la chute de Saddam Hussein, la situation politique, économique et sociale est catastrophique. Certes, les attentats sont moins nombreux que dans les années 2000 et les rues des grandes villes ont retrouvé une certaine « tranquillité ». Et il serait naïf de penser que les temps de la dictature baasiste, l’une des plus violentes du XXe siècle, sont regardés avec nostalgie.
D’abord le constat : le quotidien de la population n’a guère changé, les principales infrastructures de base (santé, éducation, eau, etc.) n’ayant pas été reconstruites, et ce, en dépit d’une immense richesse pétrolière. En mars 2003, devant les télévisions du monde entier, George W. Bush promettait aux Irakiens la « libération » de leur pays, la « fin de la tyrannie ». La suite >

Moyen-Orient n° 17

Moyen-Orient n° 17, Janvier-Mars 2013

Depuis les premières manifestations en Tunisie, en décembre 2010, la question aura toujours été la même pour l’ensemble des pays attrapés par la vague révolutionnaire : que va faire l’armée ? Comme si les militaires avaient entre les mains à la fois le destin de la dictature ébranlée et l’avenir d’une démocratie exigée par le peuple. Au Moyen-Orient, l’armée n’est pas un acteur à négliger : elle est partout, à tous les niveaux décisionnels. Pourtant, le rôle des soldats dans les nations arabes a été largement ignoré par les chercheurs. Peu d’analyses existent, du moins en langue française, sur la question. L’ambition de ce dossier est de relancer le débat sur le poids des forces armées dans les sociétés moyen-orientales. La suite >

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Moyen-Orient n° 16

Moyen-Orient n° 16,
Octobre-Décembre 2012

Le Qatar, encore et toujours… Le nom de ce minuscule émirat du golfe Arabo-Persique résonne dans les esprits de tous, y compris des personnes les plus désintéressées par les questions du Moyen-Orient. Car le pays de Hamad bin Khalifa al-Thani est devenu une marque, un logo qui apparaît jusque sur les maillots des plus grands joueurs de football. Pourtant, à part quelques données sur la fortune de l’émir (grâce au gaz) et sur son épouse, cheikha Mozah bint Nasser al-Missned (sans doute la seule première dame du Moyen-Orient à être autant médiatisée), on ne sait pas grand-chose des Qataris et du Qatar. La suite >

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Moyen-Orient n° 15

Moyen-Orient n° 15,
Juillet-Septembre 2012

Chaos, coup d’État, junte militaire… Les nouvelles en provenance d’Égypte sont alarmantes, signes d’une contre-révolution, comme en 1789, lorsque la volonté du peuple français mena finalement à la Terreur, puis à l’Empire. Il fallut attendre près d’un siècle avant que la France ne devienne une république stable, en 1870. Les révolutions du « printemps arabe » ont-elles été « volées » ? Et par qui ? Il est certain que les intentions du Conseil suprême des forces armées égyptien n’inspirent guère confiance, surtout depuis l’annulation, le 14 juin 2012, du scrutin législatif de l’hiver 2011-2012. En Tunisie, les violences des salafistes accaparent les couvertures de tous les journaux. La suite >

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Moyen-Orient n° 14

Moyen-Orient n° 14,
Avril-Juin 2012

« Allah, Al-Watan, Al-Malik ». En français : « Dieu, la nation, le roi ». Au Maroc, il n’existe rien de plus sacré que ces trois termes ; parfois, ils apparaissent dessinés avec des pierres blanches à flanc de colline. Même le souffle de liberté du « printemps arabe » ne doit pas les remettre en cause. Le royaume alaouite n’a toutefois pas échappé aux manifestations qui exigeaient des réformes politiques et économiques urgentes. Rien à voir cependant avec les « émeutes du pain » des années 1980 qui, sous le règne de fer du roi Hassan II (1961-1999), s’opposaient aux augmentations du coût de la vie. Cette fois, il fallait réformer. Après les chutes de Zine el-Abidine ben Ali et de Hosni Moubarak, Mohammed VI a fait siennes des revendications menaçant le cœur même du Makhzen, l’appareil de décision entourant la monarchie. La suite >