Moyen-Orient n° 24

Moyen-Orient n° 24,
Octobre-Décembre 2014

Par Guillaume Fourmont

L’ordre. Voici le maître mot qui plane au-dessus de l’Égypte, au sens militaire, politique, mais aussi au sens moral du terme. Un homme l’incarne : Abdel Fattah al-Sissi. Ce maréchal devenu président en mai 2014, avec un résultat digne d’un régime soviétique (96,9 %), a fait renouer le pays avec son passé le plus glorifié, quand Gamal Abdel Nasser (1954-1970) symbolisait l’Égypte tout entière et le nationalisme arabe au-delà de ses frontières. Il suffit de regarder les affiches et autres objets de propagande représentant M. Al-Sissi : il apparaît tel un lion, entouré de ses deux « pères », Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate (1970-1981). La suite >

Colloque vendredi 6 septembre 2013

 

Colloque coorganisé par la revue Moyen-Orient, le Cercle des Chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) et l’Institut MEDEA.

Les ambitions des États du Conseil de coopération du Golfe semblent n’avoir aucune limite. Il suffit de jeter un œil par le hublot, en arrivant, par exemple, à Dubaï, pour comprendre la puissance économique d’une région qui se veut le nouveau centre de la mondialisation, un pont entre l’Occident et l’Asie. Tout est démesuré dans la péninsule Arabique : les gratte‐ciel, des villes symboles de l’hyper urbanité… Mais les excès de la rente pétrolière et d’un développement économique agressif se sont transformés, pour Washington ou Paris, en une nouvelle voix arabe. Les leaders de la région le savent, et pensent représenter un nouveau rêve arabe, un peu à la manière d’un american dream, de l’american way of life.
Ces excès créent aussi des préjugés sur des sociétés très peu connues de l’intérieur et réduites à une vision médiatique : l’Arabie saoudite serait un pays de fanatiques religieux et, aux Émirats arabes unis, tout le monde roulerait en voiture de luxe. C’est oublier la réalité des sociétés, certes conservatrices, mais plus complexes qu’on ne le croit, où les débats publics sur la notion de citoyenneté existent, bien qu’aucun de ces pays ne soit une démocratie. Et ce rêve d’être la nouvelle puissance arabe a aussi ses limites : la crise économique n’a pas épargné les pays du Golfe et les révolutions en Tunisie et en Égypte ont montré que des pays comme l’Arabie saoudite sont de solides monarchies qui n’accepteront aucune fitna, ou division, un interdit islamique. Pourtant, la contestation est là, comme au Koweït, qui peine à être un « modèle démocratique » pour la région. Et l’omniprésent Qatar : qu’en est-il vraiment de cette « puissance » ?
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Moyen-Orient n° 19

Moyen-Orient n° 19,
Juillet-Septembre 2013

Par Guillaume Fourmont

En l’espace de quinze jours, en juin 2013, deux événements majeurs ont eu autant de portée médiatique que les révolutions arabes de 2011 : d’une part, un soulèvement citoyen contre la machine économique turque et les excès autoritaires et religieux du Premier ministre Recep Tayep Erdogan et de son mouvement, le Parti de la justice et du développement (AKP) ; d’autre part, l’élection du réformateur Hassan Rohani à la Présidence iranienne, alors que la communauté internationale s’attendait à l’arrivée d’un pantin soumis à la volonté de l’ayatollah Ali Khamenei. Décidément, le Moyen-Orient réserve bien des surprises.

Ces « réveils » en Turquie et en Iran appellent à l’optimisme. Ils incarnent la force de sociétés civiles refusant d’être déconnectées du monde. Toutefois, ces faits ont eu lieu dans deux pays bien différents et qui se distinguent des nations arabes. Il serait erroné de voir, à Istanbul comme à Téhéran, une similitude avec ce qu’il s’est passé à Sidi Bouzid et sur la place Tahrir du Caire. Car en Tunisie comme en Égypte, les défis sont énormes : il faut redéfinir le rôle même de l’État afin de trouver le chemin d’une bonne gouvernance, d’une démocratie, ce qui ne se fera pas sans une relance de l’économie. La suite >

Moyen-Orient n° 17

Moyen-Orient n° 17, Janvier-Mars 2013

Par Guillaume Fourmont

Depuis les premières manifestations en Tunisie, en décembre 2010, la question aura toujours été la même pour l’ensemble des pays attrapés par la vague révolutionnaire : que va faire l’armée ? Comme si les militaires avaient entre les mains à la fois le destin de la dictature ébranlée et l’avenir d’une démocratie exigée par le peuple. Au Moyen-Orient, l’armée n’est pas un acteur à négliger : elle est partout, à tous les niveaux décisionnels. Pourtant, le rôle des soldats dans les nations arabes a été largement ignoré par les chercheurs. Peu d’analyses existent, du moins en langue française, sur la question. L’ambition de ce dossier est de relancer le débat sur le poids des forces armées dans les sociétés moyen-orientales. La suite >