Moyen-Orient n° 19,
Juillet-Septembre 2013

Par Guillaume Fourmont

En l’espace de quinze jours, en juin 2013, deux événements majeurs ont eu autant de portée médiatique que les révolutions arabes de 2011 : d’une part, un soulèvement citoyen contre la machine économique turque et les excès autoritaires et religieux du Premier ministre Recep Tayep Erdogan et de son mouvement, le Parti de la justice et du développement (AKP) ; d’autre part, l’élection du réformateur Hassan Rohani à la Présidence iranienne, alors que la communauté internationale s’attendait à l’arrivée d’un pantin soumis à la volonté de l’ayatollah Ali Khamenei. Décidément, le Moyen-Orient réserve bien des surprises.

Ces « réveils » en Turquie et en Iran appellent à l’optimisme. Ils incarnent la force de sociétés civiles refusant d’être déconnectées du monde. Toutefois, ces faits ont eu lieu dans deux pays bien différents et qui se distinguent des nations arabes. Il serait erroné de voir, à Istanbul comme à Téhéran, une similitude avec ce qu’il s’est passé à Sidi Bouzid et sur la place Tahrir du Caire. Car en Tunisie comme en Égypte, les défis sont énormes : il faut redéfinir le rôle même de l’État afin de trouver le chemin d’une bonne gouvernance, d’une démocratie, ce qui ne se fera pas sans une relance de l’économie. Si les islamistes ont su occuper la scène politique, grâce à une forte capacité mobilisatrice, cela ne les rend pas nécessairement « bons » ou « mauvais » ; ils seront jugés sur leurs capacité à sortir de la crise des pays embourbés dans le marasme économique en leur évitant, surtout, de sombrer dans l’anarchie. La situation en Égypte l’a montré, avec le départ du président Mohamed Morsi, destitué par l’armée, sous pression de la rue, le 3 juillet 2013. Enfin, contrairement à ce que les meilleurs connaisseurs du monde arabe pensaient, la région s’enfonce peu à peu dans un conflit avec la religion (à propos de sa place dans la société) et entre les confessions (notamment entre sunnites et chiites).

Plus de deux ans après le début du « printemps arabe », le Moyen-Orient se trouve ainsi bien isolé, seul face à des crises politiques sans précédent. Et il ne faudra pas sous-estimer l’onde de choc syrienne : la guerre civile est appelée à durer, malgré la reconnaissance par la France et les États-Unis, en juin 2013, de l’usage d’armes chimiques par l’armée de Bachar al-Assad. En 1939, après avoir refusé d’intervenir durant trois longues années en Espagne, les Occidentaux avaient accepté comme un moindre mal la dictature de Francisco Franco. Si la comparaison est osée, un livre mérite d’être lu pour bien comprendre ce que vit chaque jour le peuple syrien et les conséquences du conflit pour la région : Hommage à la Catalogne (1938), de George Orwell. Ou l’histoire d’un jeune combattant pétri d’idéaux de libertés, victime des enjeux géopolitiques internationaux.

Retrouvez la rédaction de Moyen-Orient le vendredi 6 septembre 2013 entre 9 h 30 et 18 h à Paris pour un colloque consacré aux monarchies du Golfe, organisé par votre revue, l’Institut MEDEA et le Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO).

Au sommaire :

REGARD de Gilbert Achcar sur la politique des États-Unis eu Moyen-Orient

ATLAS 2013

Le Moyen-Orient en 2013
par Guillaume Fourmont

Moyen-Orient : nouvel état de violence
par Hamit Bozarslan

Fiches pays
par Fabrice Balanche, Myriam Benraad, Pierre Blanc, Sébastien Boussois, Jean-Paul Burdy, Jean-Paul Chagnollaud, Larbi Chouikha, Guillaume Fourmont, Saïd Haddad, Éric Gobe, Jean Marcou, Caroline Ronsin, Karim Sader, Haoues Seniguer, Frank Tétart

La culture comme acteur de la transition en Tunisie
par Stéphanie Pouessel

Algérie : quand le Sud reprend sa place
par Thomas Serres

Réfugiés, déplacés et crise humanitaire : l’autre face du conflit syrien
par Laura Ruiz de Elvira Carrascal

GÉOPOLITIQUE

Les ultraorthodoxes en Israël : une menace pour l’État hébreu ?
par Nicolas Meunier et Juliette Simonin

« Deux pas en avant, un pas en arrière » : comment réformer la Jordanie
par Myriam Ababsa

Les relations Émirats arabes unis – Iran : un paradoxe géopolitique dans le Golfe
par Ecaterina Cepoi

GÉOÉCONOMIE
Le tourisme au Maghreb après le « printemps arabe » : rupture ou continuité ?
par Maxime Weigert

ART
Le graffiti arabe : quand les mots sont des armes
par Rana Jarbou